Régis Bardera partage son expérience d’arbitre avec des fans de Nanterre 92

À la veille de la 1e victoire de Nanterre 92 en 2024, dans sa forteresse quasiment imprenable cette saison, Régis Bardera a accepté l’invitation des Dunkers à venir apporter un éclairage sur le rôle de l’homme en noir et sur ses relations avec les joueurs ou les coachs. « Pour que les acteurs me fassent confiance, j’ai besoin d’être le plus lumineux possible. Quand je suis sur un terrain, je dois être le plus réceptif possible. » Lumineux, il le fut pendant les deux heures de cette rencontre, se livrant avec sincérité et humilité.  

Devant une grosse vingtaine de curieux réunis dans la salle de conférence du Palais des Sports, cette figure de l’arbitrage français et international a d’emblée séduit l’assistance en choisissant de projeter des images des dernières secondes de l’inoubliable match 4 des finales LNB 2013 au stade Pierre-de-Coubertin. Ce soir-là, c’est lui qui officiait comme 2e arbitre. Dans cette ambiance survoltée, « le vrai travail consistait à garder de la sérénité », se souvient Régis Bardera. Présent durant la première moitié de cette conférence, Pascal Donnadieu rappelle le contexte : « L’enjeu de la finale était très important, c’était la première fois depuis des années que la finale se rejouait sur une série, et plus sur un match sec à Bercy. » 

Un respect mutuel avec Pascal Donnadieu 

Entre les deux hommes, également réunis par leur passion commune pour l’artiste Clara Luciani, s’est noué un lien amical depuis de nombreuses saisons. Mais une fois sur le parquet, chacun endosse son costume et respecte la frontière entre les deux univers. « Je serais incapable de faire leur métier, reconnaît Pascal. Ils sont souvent chahutés par les acteurs ou le public, ils doivent se décider très vite. Le basket tel qu’il est joué aujourd’hui est très dur à arbitrer. » Parfois perçu comme « théâtral » mais « jamais grossier » par l’homme au sifflet, l’entraîneur de Nanterre 92 dit apprécier l’honnêteté de Régis Bardera. « Il n’y a rien de plus rassurant quand un arbitre dit qu’il a pris une mauvaise décision. Quand un arbitre dit ça, total respect. L’erreur est humaine. Il faut qu’il y ait ces moments de complicité. » 

C’est précisément la dimension humaine de l’arbitrage qui a séduit celui qui est également  conférencier, formateur en compétences relationnelles et préparateur mental. Pas particulièrement fan de basket dans son enfance, il s’est d’abord adonné à la grosse balle orange pour … tenter de séduire Laurence, sa voisine basketteuse. Devenu par la suite arbitre pour « se préserver » physiquement après un accident de la route, Régis va rapidement gravir les étapes et commencer à officier au plus haut niveau à l’aube de la trentaine.  

Un arbitre à l’écoute des joueurs  

En 2009, Patrick Beesley fait appel à ses services pour arbitrer les matchs d’entraînement de l’équipe de France, alors en stage à Vichy en vue de préparer l’Euro. Au milieu de Tony Parker, Boris Diaw ou Nicolas Batum, « ça va très vite. Il faut habituer ses yeux au jeu rapide »,se souvient-il. « Mais ce dont je suis le plus fier, c‘est qu’on ne m’a pas sollicité car j’étais le meilleur, mais par rapport à mes valeurs humaines. » L’assertivité ressort comme le leitmotiv de l’homme à l’accent chantant. « La priorité c’est de comprendre la personnalité de la personne en face de nous. Notre job, c’est de la gestion de personnalités. » Il a ainsi reconnu laisser parfois traîner une oreille au moment de lancers-francs pour surveiller les échanges entre joueurs adverses et prévenir tout débordement. Alors qu’il officiait lors du tristement célèbre Paris-Levallois vs Gravelines de décembre 2013, marqué par une violente bagarre entre joueurs, « je n’avais pas fait correctement mon travail car je n’ai pas repéré le trash talking », a-t-il admis. 

Indifférence à la pression du public 

Des fortes têtes ou des attitudes tendancieuses pour tenter d’amadouer les arbitres, Régis Bardera en a néanmoins géré quelques-unes. Il a ainsi confié au public nanterrien avoir recadré un certain Mykal Riley, coupable à ses yeux de se plaindre trop souvent lors d’un match en 2014. « Les All stars, d’habitude, je ne les entends jamais râler … », lui a-t-il discrètement soufflé. S’il admet avoir parfois été, plus jeune, impressionné par « le phénomène de foule » dans une salle, il en nuance la portée. « Je n’ai pas non plus de pressoir sur moi ». « La pression extérieure n’existe pas. Les tentatives n’ont pas d’impact. » 

Au cours de cette rencontre, Régis Bardera s’est également dit favorable à l’assistance vidéo, invoquant « les gros enjeux financiers » dont peuvent dépendre certaines décisions arbitrales. Mais, conclut-il pour résumer sa pensée, « il y a un état d’esprit à avoir entre l’application stricte de la règle et le contexte ». Interrogé sur les différences lorsqu’il officie sur un match féminin, il assure que « l’arbitrage est le même, il demande autant de précision. »  

L’échange avec le public conquis fut si riche que le pot amical initialement prévu en fin de séance passa à la trappe. Pas grave, on réinvitera Régis Bardera une nouvelle fois. Merci encore, Mr l’arbitre ! 

Article rédigé par Vincent Nief