Nanterre, toutes des sœurs

Au sein de Nanterre 92, l’égalité entre les femmes et les hommes n’est pas qu’un slogan. Le club, détenteur du label FFBB Citoyen, décerné par la Fédération Française de Basketball, œuvre depuis longtemps à la féminisation de ses équipes et de son organisation. Dans une société où le rôle et le mérite des femmes restent sous-considérés, deux jeunes femmes proches du club livrent leur point de vue sur la place faite aux filles dans le basket, ainsi que leurs espoirs.

Pauline, 36 ans, fréquente la tribune Joliot-Curie du Palais des Sports depuis de nombreuses années. Elle-même licenciée et maman d’un jeune joueur, cette responsable des projets e-santé pour le compte d’un laboratoire international assure n’avoir jamais observé d’attitudes déplacées autour des parquets nanterriens. « Pour moi, l’égalité, c’est davantage une conséquence du fait que le club porte des valeurs et qu’il s’y accroche. Les encadrants ne laisseront jamais passer un comportement ou une remarque sexiste, que ce soit d’un entraîneur, d’un joueur ou d’un parent. »

Des filles contraintes de prouver leur valeur dans les équipes mixtes

Elle constate également que les premiers écueils sur le chemin vers l’égalité se dressent dès le plus jeune âge. Dans les équipes mixtes qu’affronte l’équipe U9 de son fils Martin, « il y a toujours des filles, mais juste une ou deux ». Autre difficulté pour ces jeunes joueuses mélangées aux garçons, la légitimité : « Quand j’ai commencé le basket, j’étais la seule fille dans mon club et jusqu’à mes 13 ans, je jouais avec les garçons parce qu’il n’y avait pas d’équipes filles dans le club où j’étais. J‘avais toujours l’impression de devoir montrer davantage dans les équipes mixtes », note Dina, 28 ans, licenciée en loisirs et, hors des terrains, doctorante en neurosciences.

Or, à l’approche de l’adolescence, la mixité n’est plus tolérée. Faute de joueuses en nombre suffisant, de nombreux clubs ne peuvent aligner d’équipes féminines dans plusieurs catégories, contraignant les plus motivées à s’éloigner pour poursuivre leur passion. « Quand j’ai eu 15 ans, on m’a surclassée en senior pour que je puisse jouer avec les filles, se souvient Dina, mais il y avait une grosse différence d’âge et de physique. C’était un pari, mais je voulais quand même pratiquer le sport que j’aime. » « À Nanterre, le club essaye vraiment de faire monter les filles, et notamment chez les enfants, poursuit Pauline (…) Des stages comme la JSF Academy 100 % filles sont de vraies initiatives qui poussent à garder les filles dans le sport, à tous les âges. »  

Des modèles à suivre pour les plus jeunes

Pour faire tomber les barrières, Pauline suggère « de mener des campagnes, des choses qui montrent que les filles peuvent continuer le sport ». « Il y a sûrement des trucs à faire, comme organiser des tournois de 3X3 ou, au moment de la fête du club, de créer un stand dédié aux sections féminines ou d’essayer de faire venir des filles un peu connues. » Elle insiste également sur l’importance de mettre en avant « des sportives qui joueraient un rôle modèle ».  Elle se souvient ainsi de Valériane Ayayi-Vukosavljević, qui avait confié avoir participé aux Jeux olympiques de Tokyo 2021 alors qu’elle était enceinte. « Elle avait posé avec ses médailles et son ventre rond. Cette image-là, je trouve qu’elle est puissante et qu’elle montre que les femmes peuvent faire aussi bien faire que les hommes si elles ont la volonté et l’envie. »

Mais comment entretenir cette flamme une fois les projecteurs éteints ? « Je trouve ça dommage d’attendre des grosses compétitions comme les JO ou des championnats du monde pour voir des têtes féminines », regrette Dina. Si l’exposition médiatique du basket féminin reste cantonnée à quelques sites ou revues spécialisés, l’absence d’un diffuseur TV clairement identifié reste un frein énorme. « Si le basket féminin était plus accessible, les gens regarderaient plus naturellement, se persuade Dina. Mais « même sur les réseaux, il y a peu de femmes qui parlent de sport et j’ai l’impression que c’est moins pris au sérieux quand c’est guidé par une femme. »

Des jeunes générations plus sensibilisées

Pour Dina et Pauline, l’évolution des esprits et des pratiques passera par l’éducation, mais aussi par une prise de conscience, peut-être plus naturelle chez les plus jeunes. « Je n’ai pas la même construction que mes parents, souligne la doctorante de 28 ans, et demain, si j’ai des enfants, ce sont des choses qui me tiendront à cœur. Je vois que chez mes amis, hommes ou femmes, la mentalité change beaucoup aussi. Donc, je me dis que nos enfants seront plus acteurs, qu’il y aura peut-être moins de préjugés et qu’ils se mettront moins de limites. » Même optimisme pour Pauline : « Je pense que le sport a ce pouvoir de marquer les esprits. Et s’il marque les esprits avec des initiatives qui vont dans le sens de l’égalité homme-femme, qui vont dans le sens de davantage mettre les femmes en avant, alors potentiellement, cela peut avoir un impact sur la société. »

Dina (à gauche), Pauline au Palais des Sports Maurice Thorez (à droite)

Article de Vincent Nief